Safety of withdrawal of pharmacological treatment after recovery from HER2 therapy-related cardiac dysfunction: the HER-SAFE trial.
Après récupération d’une cardiotoxicité anti-HER2, arrêter le traitement semble sûr
Chez 90 survivantes d’un cancer du sein qui avaient récupéré d’une dysfonction cardiaque liée à un traitement anti-HER2 (asymptomatiques, FEVG ≥ 50 %, biomarqueurs normalisés), cet essai ouvert a comparé l’arrêt et la poursuite du traitement de l’insuffisance cardiaque. À 12 mois, une seule récidive de dysfonction cardiaque, modérée et asymptomatique, est survenue dans le bras arrêt (1/45), aucune dans le bras poursuite (0/44), sans décès cardiovasculaire ni hospitalisation pour insuffisance cardiaque ; la FEVG mesurée en IRM est restée stable dans les deux bras. C’est le premier essai randomisé sur cette question : jusqu’ici, le traitement était poursuivi par habitude, avec peu de données pour étayer cette pratique.
Question clinique
Après une dysfonction cardiaque liée au trastuzumab ou à un autre traitement anti-HER2, la fonction ventriculaire récupère le plus souvent une fois l’anticorps interrompu et un traitement de l’insuffisance cardiaque instauré (bloqueur du système rénine-angiotensine, bêtabloquant). Ce traitement est ensuite poursuivi de façon prolongée, avec peu de données pour l’étayer. Peut-on l’arrêter sans risque une fois la fonction cardiaque normalisée ?
Méthode
Essai HER-SAFE, randomisé, contrôlé, ouvert et multicentrique. Les participantes étaient des survivantes d’un cancer du sein ayant récupéré d’une dysfonction cardiaque liée aux anti-HER2 (asymptomatiques, FEVG ≥ 50 %, biomarqueurs normalisés) ; elles ont été randomisées entre arrêt et poursuite du traitement de l’insuffisance cardiaque. La dysfonction initiale avait été légère (baisse relative du strain longitudinal global > 15 % avec FEVG ≥ 50 %), modérée (baisse de la FEVG de plus de 10 points jusqu’à moins de 50 %) ou sévère (FEVG < 40 %). Entre juillet 2023 et juin 2025, 90 patientes ont été incluses (âge médian 50 ans, IQR 43–59 ; délai médian depuis la récupération 17,3 mois, IQR 7,7–33,2 ; bloqueur du système rénine-angiotensine chez 98 %, bêtabloquant chez 88 %) : 46 dans le bras arrêt, dont 1 perdue de vue, et 44 dans le bras poursuite. Critère de jugement principal, analysé en intention de traiter : dysfonction cardiaque modérée ou sévère au cours des 12 mois. Critères secondaires : fonction cardiaque en mesures répétées, biomarqueurs, qualité de vie.
Résultats clés
- Critère principal : 1 patiente sur 45 après arrêt (dysfonction modérée, asymptomatique) contre 0 sur 44 sous poursuite ; différence 2,2 points, borne supérieure de l’IC90 % 9,4 points.
- Aucun décès cardiovasculaire, aucune hospitalisation pour insuffisance cardiaque, aucune dysfonction symptomatique dans l’un ou l’autre bras.
- FEVG mesurée en IRM stable à 12 mois dans les deux bras : différence entre bras −0,8 % (−2,0 à +0,4 ; p = 0,21).
Limites
- Avec 90 patientes et un seul événement, l’essai écarte un excès de risque important, mais pas un excès modeste : la borne supérieure de l’intervalle atteint 9,4 points.
- Le suivi est limité à 12 mois et l’essai était ouvert.
- La population était sélectionnée — asymptomatique, biomarqueurs normalisés, récupération souvent ancienne — et de sévérité initiale hétérogène, une partie des dysfonctions ayant été définies sur le seul strain. Les résultats ne s’étendent pas aux patientes qui gardent des symptômes ou une FEVG abaissée.