YEARS Algorithm for Diagnosis of Suspected Pulmonary Embolism in Patients With Cancer: A Randomized Clinical Trial.
Cancer actif : l’algorithme YEARS évite un angioscanner sur cinq
Chez 698 patients porteurs d’un cancer actif et suspects d’embolie pulmonaire, recrutés aux urgences ou en service de médecine dans 21 hôpitaux européens, l’essai Hydra a comparé une stratégie fondée sur l’algorithme YEARS (items cliniques, D-dimères, puis angioscanner selon le niveau de risque) à l’angioscanner d’emblée. Parmi les patients chez qui l’embolie avait été écartée, le critère principal — maladie thromboembolique veineuse symptomatique ou décès lié à une embolie pulmonaire dans les 90 jours — est survenu chez 1,8 % des patients suivis selon la stratégie YEARS, contre 5,5 % avec l’angioscanner seul : la non-infériorité est établie. L’angioscanner a pu être évité chez 22 % des patients du groupe YEARS.
Question clinique
Chez un patient atteint d’un cancer actif et suspect d’embolie pulmonaire, une stratégie diagnostique guidée par l’algorithme YEARS (items cliniques et D-dimères) est-elle aussi sûre que l’angioscanner pulmonaire d’emblée, que les recommandations actuelles privilégient dans cette population, tout en évitant des examens inutiles ?
Méthode
Essai Hydra, randomisé, ouvert, de non-infériorité, conduit à l’initiative des investigateurs, avec adjudication centralisée et en aveugle des événements. Des patients atteints d’un cancer actif et suspects d’embolie pulmonaire aiguë ont été recrutés aux urgences ou en service de médecine, du 22 août 2019 au 21 août 2025, dans 21 hôpitaux des Pays-Bas, d’Italie, de Suisse, de Belgique, de France et d’Espagne. Randomisation 1:1 entre la stratégie YEARS — items YEARS, dosage des D-dimères, angioscanner selon le niveau de risque (n = 352) — et l’angioscanner systématique (n = 346). Critère principal : maladie thromboembolique veineuse (MTEV) symptomatique ou décès lié, ou possiblement lié, à une embolie pulmonaire dans les 90 jours suivant l’exclusion du diagnostic à l’inclusion, en analyse per protocole de non-infériorité (marge de 2,6 % pour la borne supérieure d’un IC unilatéral à 99,9 %). Critère secondaire principal : proportion d’angioscanners négatifs à l’inclusion, en analyse de supériorité.
Résultats clés
- 698 patients randomisés (âge médian 65 ans, IQR 56–72 ; 60 % de femmes) ; 104 (15 %) avaient une embolie pulmonaire diagnostiquée à l’inclusion ; 1 patient perdu de vue.
- Parmi les patients chez qui l’embolie avait été écartée, le critère principal est survenu chez 5/282 (1,8 %) dans le groupe YEARS contre 15/273 (5,5 %) dans le groupe angioscanner seul, en analyse per protocole : différence de risque absolue −3,7 % (IC99,9 % −8,8 à 1,4 ; p = 3,4 × 10⁻⁵ pour la non-infériorité).
- En analyse en intention de diagnostiquer, différence de risque absolue −2,6 % (IC99,9 % −7,5 à 2,4 ; p = 5,9 × 10⁻⁴ pour la non-infériorité).
- Le diagnostic a été conduit sans angioscanner chez 77 des 352 patients du groupe YEARS (22 %). La proportion d’angioscanners négatifs n’a pas différé entre les groupes (p = 0,93).
Limites
- La marge de non-infériorité, 2,6 points en valeur absolue, est relativement large.
- L’essai était ouvert pour la décision d’imagerie, même si l’adjudication des événements se faisait en aveugle.
- La population de cancers actifs n’est détaillée ni par type ni par stade, et aucun résultat n’est donné par sous-groupe.
- L’intervalle de confiance de la différence de risque inclut zéro : l’essai établit la non-infériorité, pas une supériorité de la stratégie YEARS.